Adrian MABEN BIOGRAPHIE

Rencontre avec Adrian Maben

Paris dimanche 2 juillet 2017

 » Adrian Maben est né à Malmesbury, dans l’Ouest de l’Angleterre. Après des études de biochimie puis un master artistique à l’université d’Oxford, il étudie au Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome. Maben se découvre une envie de faire des films après avoir vu La Croisière du Navigator, de Buster Keaton (1925). Il y voit un film qui n’est pas voué à faire une représentation documentaire du réel : on peut alors trouver dans ce cinéma muet un mystère, un changement dans l’espace-temps. Après ses études, il se tourne donc vers la critique de cinéma avant de réaliser plusieurs émissions de l’ORTF et deux films sur le rock (East of Eden et Family).

Dans les années 1970, Maben vit la révolution rock en Angleterre. La société anglo-saxonne est en pleine mutation. Le groupe des Pink Floyd est un groupe à part, symbole de cette révolution. Le groupe, déjà au pic de sa popularité, mise sur un certain mystère auprès de ses fans. Les Pink Floyd ne font pas de publicité, ne parlent pas à la presse et organisent des concerts remplis grâce au bouche-àoreille. Les Floyd sont difficilement approchables, Adrian Maben passe par leur manager Steve O’Rourke pour leur proposer d’abord un projet mêlant leur musique et des oeuvres d’artistes contemporains. Le projet, rapidement refusé par le groupe, se transforme alors en un concert filmé des Floyd dans une arène antique de la cité romaine de Pompéi. Le tournage se construit en opposition avec les grands films Pop à la mode, tels que les captations de concerts de Bob Dylan ou Woodstock (1970). Ces films mettaient en avant la relation entre les artistes et leur public, ils étaient filmés d’angles variés avec une grande quantité de caméras mobiles tournant en 16mm. Maben veut faire un anti-documentaire, mêler le cinéma et la musique du groupe dans une forme inédite, en opposition à Woodstock.

Le projet se développe autour de la relation du groupe avec un lieu : l’amphithéâtre de Pompéi. Maben découvre l’amphithéâtre après y avoir oublié son portefeuille. Au crépuscule, dans le lieu vidé de ses visiteurs, il assiste au concert des pipistrelles, oiseaux et autres grillons dont le chant résonne dans un amphithéâtre à l’acoustique et à l’écho hors du commun. Les autorités sont convaincues par la promesse d’un tournage sans public, sans risque de débordements. Le silence est donc au coeur du projet, dans une arène fermée aux touristes pour toute la durée du tournage. Le groupe se retrouve seul face aux fantômes du passé, au vide et au silence de Pompéi. Le lieu prend une place primordiale dans la conception du film. Maben veut mettre en avant l’Esprit du Lieu (le « Spirit of the place » étudié par Lawrence Durrell) en mélangeant l’ancien et le nouveau, la musique et le lieu. Le silence amplifie la musique des Floyd, si bien que l’ingénieur du son du groupe décrit le son de l’amphithéâtre comme « meilleur que le son à Abbey Road dans les studios ». Contrairement à l’improvisation de la captation qu’on peut voir dans Woodstock, chaque détail du tournage des Floyd est pensé et millimétré en amont. Le film est tourné comme un disque, le son guide tous les mouvements de caméra. Maben filme six morceaux en les décortiquant avec soin, malgré l’ajout à la dernière minute de morceaux provenant du nouvel album des Floyd, Meadows, imposé par le producteur. Les caméras suivent le rythme de la musique et servent à embellir la musique des Floyd. Une préparation minutieuse du tournage de chaque morceau permet ainsi aux Floyd de jouer leurs morceaux librement et d’être suivis par l’équipe technique. Le groupe a un droit de regard absolu sur l’enregistrement, et peut choisir de refaire une prise qui ne les satisfait pas. Les morceaux sont enregistrés entre quatre et dix prises. Le film est tourné avec seulement quatre lourdes caméras de 35mm (Trois caméras Mitchell et une Arriflex) et un enregistrement audio sur quatre pistes afin de permettre une qualité d’image et de son exceptionnelles pour l’époque. L’image est enregistrée en multiprise synchro pour une utilisation des négatifs synchronisés au son. Le film est tourné à Pompéi en Octobre, dans l’amphithéâtre vide. Face à un problème d’alimentation électrique qui retarde le tournage pendant deux jours, le réalisateur filme le groupe marchant près du volcan toujours en activité, dans les vapeurs de la « porte de l’enfer ». Ces images accompagnent ensuite les images de l’amphithéâtre. L’électricité revient le troisième jour, durant la journée de la Suplicata, fête de la vierge célébrée dans les ruines de Pompéi par six mille pèlerins, comme par « miracle de la madone ». Mais les deux jours perdus sont irrattrapables, et les rushs incomplets sont développés à Paris. Convaincus par la réussite du projet, les producteurs poussent les Floyd à venir terminer le film dans un studio parisien en décembre, faisant appel à l’imagination du réalisateur pour camoufler le changement de lieu par un studio peu éclairé, et des images de Pompéi projetées derrière les musiciens. Le film est projeté pour la première fois au Festival international d’Edimbourg en 1972, et remporte un succès graduel auprès de la critique et du public. Diffusé d’abord surtout dans les universités américaines via les sorties midnight circuit (des projections nocturnes), le film circule dans le monde entier.

Aujourd’hui, Pink Floyd à Pompéi est reconnu pour la qualité exceptionnelle de l’enregistrement sonore. Le choix d’un enregistrement sur du matériel de qualité permet au film de survivre les améliorations successives de support depuis les années 1970, avec plusieurs rééditions : en 1999 il sort avec les « director’s cut », en 2003 il est édité en DVD. Depuis 2015, plusieurs expositions avec les photos du tournage sont organisées à Naples et dans l’amphithéâtre de Pompéi.

En 2016, David Gilmour retourne à Pompéi pour un nouveau concert sur les lieux du film, cette fois ouvert au public… « 

FILMOGRAPHIE

Julie Milhade

Étudiante en cinéma documentaire ethnographique à l’université d’Edimbourg

Membre des Sorbiquets – Sorbonne Paris 4

Une pensée sur “Adrian MABEN BIOGRAPHIE”

Les commentaires sont fermés.