Adrian MABEN BIOGRAPHIE

Rencontres avec Adrian Maben

Paris juillet-octobre 2017

Adrian Maben est né à Malmesbury, dans l’Ouest de l’Angleterre. Après des études de biochimie dans le cadre d’un Master of Arts à l’université d’Oxford, il étudie au Centro Sperimentale di Cinematografia à Rome. Adrian Maben se découvre une envie de faire des films après avoir vu La Croisière du Navigator de Buster Keaton (1925). Il y voit un film qui n’est pas voué à faire une représentation documentaire du réel : on peut trouver dans ce cinéma muet très drôle un mystère et un changement dans l’espace-temps. Après ses études, il se tourne vers la critique cinématographique avant de réaliser plusieurs émissions de l’ORTF, de France Télévision et de la RTB. Il fait des portraits d’artistes modernes et contemporains (Magritte, Delvaux, Dada, Les surréalistes) ainsi que des films sur le rock (East of Eden, Family et James Brown).

La rencontre avec Pink Floyd

Dans les années 1960, la société anglo-saxonne se transforme radicalement : Révolution sexuelle, révolution des mentalités, révolution des modes de consommation, un vent nouveau secoue les îles britanniques. Dans le champ musical, c’est l’éruption tonitruante de la pop music et du rock progressif dont les Pink Floyd vont devenir le fer-de-lance déjanté. Ce qui n’empêche pas les quatre membres fondateurs, Syd Barrett, Nick Mason, Richard Wright et Roger Waters d’avoir le goût du mystère et de cultiver le secret auprès de leurs fans. Contrairement aux autres groupes de l’époque, Pink Floyd refuse les circuits conventionnels de la publicité et de la communication. Il limite les contacts avec la presse et choisit plutôt le médium du bouche-à-oreille pour remplir les salles. Les Floyd sont difficilement approchables et pour les contacter Adrian Maben décide de passer par le biais de leur manager, Steve O’Rourke, qu’il rencontre dans son bureau à Londres.

Il lui propose de faire un film qui serait un mélange de la musique Pink Floyd avec les images de peintres modernes et contemporains.

Le projet est immédiatement refusé par les quatre membres qui acceptent en revanche une autre idée originale : filmer un concert sans public dans l’amphithéâtre antique de Pompéi. Le film fut conçu comme un anti-Woodstock en opposition avec les films musicaux à la mode. Avant 1971 les films rock captaient le rapport entre le public et les musiciens avec un maximum de caméras 16mm sans idée cinématographique précise. Pire encore, le lieu du concert (stade ou théâtre) n’avait pas d’importance dans la conception du film.  Adrian Maben prend le contre-pied de cette mode par la réalisation d’un anti-documentaire mêlant la musique de Pink Floyd sous une forme inédite dans un lieu singulier.

Pourquoi Pompéi

C’est par un heureux oubli de passeport, l’obligeant à revenir après la fermeture des visites, qu’ Adrian Maben découvre les richesses acoustiques de cet amphithéâtre déserté. Au crépuscule dans ce lieu vide le jeune réalisateur entend un concert étrange donné par la nature : le chant des pipistrelles et des grillons qui résonnaient parmi les vieilles pierres pour créer un écho unique. Le lieu et l’atmosphère sont trouvés parce que le film préserve et recherche cet étrange silence dans un amphithéâtre fermé aux touristes pour toute la durée du tournage en octobre 1971. Le groupe se retrouve seul face aux fantômes du passé, au vide et au silence de Pompéi. Adrian Maben souhaite mettre en avant l’Esprit du Lieu – The Spirit of Place – étudié par le grand écrivain britannique Lawrence Durrell. De plus, l’architecture romaine amplifie la musique des Floyd si bien que l’ingénieur du son Peter Watts a décrit cette acoustique comme étant « meilleure que celle d’Abbey Road dans les studios à Londres ».

Dans la mesure du possible, et contrairement à la captation improvisée qu’on peut voir dans le film de Woodstock, chaque détail du tournage des Floyd dans l’amphithéâtre était pensé et millimétré avant de commencer le tournage: Cinq morceaux étaient préparés et décortiqués avec soin mais Echoes Part I and Part II étaient rajoutés à la dernière minute à la demande de Steve O’Rourke pour faire de la publicité du dernier disque des Floyd, « Meddle. »

Marie-Noëlle Zurstrassen, la scripte girl, chronométrait chaque morceaux de la musique filmée avec les quatre caméras et ses minutages précis étaient utiles plus tard pour le monteur José Pinheiro. La préparation minutieuse du tournage permettait aux Floyd de jouer leurs compositions librement tout en étant suivis par une équipe technique attentive, « chacun faisant son job de son côté » remarquait Nick Mason.

L’équipe technique était composée de quatre cadreurs avec quatre caméras 35 mm : trois caméras Mitchell et une caméra Arriflex. Le son était enregistré sur une machine à huit pistes, ce qui permettait de finaliser une version Dolby Stereo (une qualité de restitution de son exceptionnelle pour l’époque).

Pink Floyd avait un droit de regard absolu sur l’enregistrement final et pouvait refaire une prise si la qualité n’était pas parfaite.

Un problème de courant électrique dans les ruines de Pompeii a retardé le tournage. Pour finir le programme il fallait utiliser trois jours supplémentaire avec Pink Floyd au mois de Décembre 1971 dans Les Studios de Boulogne près de Paris. Un an plus tard Adrian demande à Roger Waters s’il serait possible de filmer Pink Floyd lors de l’enregistrement de leur prochain disque. Après avoir hésité le groupe invité Adrian et une équipe légère de trois personnes à filmer des séances de travail de « Dark Side of The Moon » aux Studios d’Abbey Road à Londres.

La Reconnaissance

Le Dolby Stéréo et les caméras 35 mm sont les clefs secrètes du succès de Live at Pompéi. En 1972, il est projeté pour la première fois lors du Festival International d’Edinbourg. Ensuite, son format lui permet d’être diffusé sur les télévisions européennes et, comme une traînée de poudre, de se répandre dans les campus américains lors des circuits de minuit (projections de cinéma nocturne). Pour toute une génération, ce film devient culte, indissociable d’une époque et d’un monde musical.

Aujourd’hui encore, Pink Floyd, live at Pompéi est reconnu pour la qualité exceptionnelle de son enregistrement sonore et de son image 35 mm. Le parti pris d’utiliser un matériel de cinéma a donné au film la possibilité de survivre aux changements techniques successifs et de sortir sur plusieurs supports : VHS , Laser Disc, DVD et Blu-Ray.

A partir de 2015, plusieurs expositions avec les photos du tournage, les captures d’écran et du son stéréo sont organisées par Adrian Maben à Naples, à la Mairie de Pompéi et dans les passages souterrains de l’amphithéâtre.

En 2016, David Gilmour retourne pour un concert spectaculaire sur les lieux du tournage initial. Le nouveau « Live At Pompéi » était regardé par un public live d’environ 2000 personnes et filmé par une vingtaine de cameras en haute définition. Un symbole fort qui témoigne de l’importance du film initial dans l’histoire mondiale du rock.

POV – LE POINT DE VUE DES FLOYDS SUR LE FILM

FILMOGRAPHIE OFFICIELLE D’Adrian MABEN

Julie Milhade

Étudiante en cinéma documentaire ethnographique à l’université d’Edimbourg

Guillaume Garnier

Étudiant en philosophie à Sorbonne-Université

Membres des Sorbiquets – Sorbonne-Paris 4

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